Depuis qu’elle s’est déroulée en 2008 pour la première fois, cette veillée particulière est organisée dans 29 villes différentes avec 31 témoins qui ont témoigné personnellement de leur expérience de la persécution dans leur pays devant plus de 25 000 auditeurs.

La Nuit des Témoins a été conçue au sein de la branche française de la Fondation Aide à l’Église en Détresse, dont le directeur Marc Fromager nous a aidés à l’organiser dans « nos » régions, comme nous avons l’habitude de le formuler. « Nos » régions sont situées, cette fois, en Bosnie-Herzégovine, au Monténégro et en Croatie. Pour cette première fois, quatre sites représentaient un défi : Sarajevo, Kotor, Dubrovnik et Medjugorje. Avec une musique douce et une procession aux bougies allumées devant les portraits de victimes assassinées de mort violente en haine de la foi pendant l’année précédente, dans cette veillée de prière nous écoutons leurs brèves biographies et les témoignages de la cruelle réalité, mis en lumière par des personnes qui ont été persécutées ou qui sont des témoins de l’effondrement des droits religieux et humains dans les pays d’où ils viennent. De tels rapports ne peuvent être lus dans les médias ni rendus publics. Après avoir assisté à cet événement, rares sont ceux qui n’ont pas été profondément touchés.

Sarajevo, le 21 septembre 2018

Il existe un schéma de martyre qui se répète au cours de l’histoire, ce témoignage de l’amour pour Dieu jusqu’au dernier souffle, à savoir sous la menace de la mort, souvent incompréhensible à nos yeux. Le mot martyr vient du mot grec « martys », dans le sens originel de « témoin ». C’est pourquoi notre événement s’appelle « La Nuit des Témoins ».

Le martyr, de tous les temps et de tous les lieux, nous témoigne du don de sa vie pour Jésus. Nous ne pouvons qu’accueillir avec vénération et humilité cette expression suprême de l’amour à la suite de Jésus. De même que la Passion de Jésus est représentée à maintes reprises lors de célébrations liturgiques, la douleur de ces personnes est une réplique de ce qui Lui était arrivé. Un rappel éternel de l’abandon total et de l’union à Dieu. Relisons pour exemple les biographies des martyres bénies de la Drina.

Au centre de Sarajevo se trouve la cathédrale du Saint-Cœur de Jésus, monument culturel national de Bosnie-Herzégovine. L’édifice de « pierre nue » construit en style néogothique reste un symbole de la survie de la catholicité dans cette ville, car après la dernière guerre le nombre des Croates (dont la plupart sont catholiques) à Sarajevo a été réduit de moitié, étant diminué au chiffre symbolique qui varie dans les pièces officielles. Mais, l’élaboration des statistiques est toujours un signe alarmant de l’état dans lequel se trouve une communauté particulière. Il ne faudrait pas s’appuyer sur des chiffres mais sur l’enracinement centenaire des gens dans cette région. Leur annulation, leur réinstallation, leur transformation, leur enlèvement est une méthode dangereuse. La diversité devrait être un atout précieux à surveiller et non un motif de mépris.

Après tout, tous les gens sont convoqués à notre veillée de prière, quelle que soit leur appartenance religieuse, y compris les athées. En Syrie se trouve le monastère œcuménique de Sœur Houda Fadoul, l’une de nos témoins. Avec plusieurs autres monastères, il a été fondé par un père jésuite, Père Paolo Dall’Oglio, dont nous pouvons lire au tout début de la liste des personnes enlevées et dont le destin est encore inconnu. Les prêtres et religieuses, otages dans le monde :

Père Paolo Dall’Oglio, enlevé en Syrie en 2013.

Père Gabriel Oyaka, enlevé au Nigeria en 2015.

Père Jean-Pierre Ndulani, Père Anselme Wasikundi, Père Edmond Bamututé, kidnappés en 2012 et les Père Pierre Akilimali et Charles Kipasa en juillet 2017, en République démocratique du Congo.

Sœur Gloria Cécilia Narvaez Argoty enlevée au Mali en février 2017.

La description de printemps du monastère de Deir Mar Moussa Al-Habashi situé dans le désert syrien peut être totalement irréelle, et si nous y croyons, futuriste pour le pays dans lequel nous vivons :

« Avec l’arrivée du printemps, la vallée de notre monastère s’est revêtue d’une charmante robe rouge faite de fleurs de pavot, et pour la première fois après les longues années de guerre, nous avons eu la joie immense de voir l’entrée de la route du monastère pleine de mouvement, en raison de la présence de nombreuses familles Nebek venues nous visiter. Tous les vendredis, nous recevions des centaines de visiteurs. Quelle joie de voir des familles chrétiennes et musulmanes monter ensemble pour recevoir la bénédiction de ce lieu sacré ! Quel réconfort de recevoir la visite de jeunes musulmans de Nebek venus montrer « leur » monastère à leurs amis chrétiens et collègues d’autres régions ! Quelle émotion quand des musulmanes s’approchaient des sœurs pour leur confier des intentions de prière ! Cette expression de confiance dans le rôle d’intercession des moines et des moniales et la reconnaissance de leur relation spéciale avec Dieu nous ont beaucoup touchés. Ceci peut sembler idéaliste, mais la sincérité, la simplicité et l’authenticité de ces personnes sont pour nous source d’espoir pour un avenir meilleur… »

Nous accueillons tous nos invités à l’aéroport de Sarajevo – témoins venant des pays où ils appartiennent à une minorité, ainsi que les catholiques à Sarajevo ou dans certaines parties de la Bosnie-Herzégovine – Sœur Houda Fadoul de Syrie et Père Kirill Gorbunov de Russie. Comme il s’agit de la première Nuit des Témoins dans cette région, Marc Fromager, directeur de la branche française de la Fondation Aide l’Église en Détresse, se présente aussi en tant que témoin.

Après la messe célébrée par le cardinal Vinko Puljic, nous participons à la veillée de prière pour tous les chrétiens persécutés. Le dernier martyrologe est publié en 2017, une liste de martyrs étant publiée chaque année. Il s’agit des prêtres et des laïcs qui ont été tués parce qu’ils refusaient d’abandonner le Christ à l’heure de leur mort. Nous prions aussi pour les otages enlevés dont le destin n’a pas encore été confirmé. On partage aux participants les petites images de martyrs sur le dos desquelles se trouve une belle Prière pour les martyrs avec laquelle la veillée se termine. De la porte d’entrée à l’autel, les prêtres et les fidèles portent des triptyques, trois images de martyrs dont les biographies esquissées illustrent les circonstances de leur supplice :

Père Samaan Shehata

51 ans, poignardé à mort par un terroriste islamiste, le 12 octobre 2017 au Caire, en Égypte. L’archiprêtre copte orthodoxe de l’église Saint-Jules d’Aqfahs, en Haute-Égypte, était en visite dans la capitale en compagnie d’un autre prêtre copte, le Père Bayman Moftah qui a également été blessé. Leur agresseur a avoué s’en être pris à eux, dès qu’il les a vus en vêtements religieux coptes.

29 fidèles coptes tués à Minya, en Egypte

lors de l’attaque de leur bus le 26 mai 2017 alors qu’ils se rendaient en pèlerinage vers le monastère de Saint-Samuel. Des soldats du groupe État islamique les ont contraints à descendre du bus, leur ont demandé de renoncer à leur foi chrétienne et de professer la foi en l’islam. Un à un, ils ont tous refusé. Parmi eux il y avait des enfants qui courageusement ont refusé de renier le Christ.

44 personnes tuées dans 2 attaques, en Egypte

le 9 avril 2017, dimanche des Rameaux, dans la ville de Tanta, au nord du Caire puis dans à Alexandrie, dans l’église Saint-Marc où le pape copte Tawadros II assistait à la messe.
Le groupe État islamique a revendiqué ces explosions, en affirmant sa détermination à continuer les attentats contre « tout infidèle ou apostat en Égypte et partout ». Le Pape François qui se rendait en Égypte quelques semaines plus tard, a alors exprimé ses profondes condoléances, « à l’Église copte et à toute la chère nation égyptienne. »

Soeur Ruvadiki Kamundiya

49 ans, violée et assassinée le 22 octobre 2017 à Mutoko, dans l’est du Zimbabwe, alors qu’elle se recueillait au sanctuaire de la Croix-Glorieuse. La religieuse était enseignante à la Hartmann House de Harare. Elle s’était rendue à Mutoko pour préparer un voyage scolaire prévu quelques jours plus tard.

Père Evans Juma Oduor

35 ans, retrouvé inconscient le 22 octobre 2017 à Muhoroni, à l’ouest du Kenya, avec une blessure à la tête. Transporté à l’hôpital, le Père Evans est mort quelques heures après, sans avoir repris connaissance. La carcasse incendiée de sa voiture a été retrouvée 5 km plus loin. Ce curé de la paroisse de Sigomore, dans l’Archidiocèse de Kisumu, avait pris publiquement la défense des Luos, ethnie persécutée par le pouvoir.

Au cours de la veillée de prière, les images des martyrs sont placées devant l’autel avec des bougies allumées. Les visages des martyrs sont également éclairés par un projecteur. Méditation et musique douce.

La Commission pour la conservation des monuments nationaux a déclaré protégées la cathédrale et la zone l’entourant. Il est interdit de construire des bâtiments à plusieurs étages, il est interdit de cacher la vue ou de changer les façades des bâtiments voisins. Mais dans ce cas, cela perd de son importance, car le bruit brusque et perçant d’un concert en live sur la place devant la cathédrale se fait entendre derrière les portes. La discordance entre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur des murs gêne la dignité de l’événement.

Ce n’est qu’à ce moment que nous, spectateurs éphémères, pouvons deviner à quel point la dégradation d’une minorité dans un lieu peut être humiliante. C’est précisément contre cela que la Fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse s’engage avec persistance. La religion dominante à Sarajevo est l’islam, mais il convient de rappeler qu’il n’y a pas une mosquée au centre de la ville mais une cathédrale catholique romaine -une bonne raison pour le statut d’interlocuteur dans un éventuel dialogue interreligieux et dans une conversation quotidienne.

Mais le dialogue interreligieux n’est pas réalisable de cette façon. Le discours touchant du cardinal Puljic et les paroles de nos témoins sur les conditions de vie des chrétiens là où ils sont une minorité, d’une part, et la musique trop forte sans thèmes ni idées sur la place en face de la cathédrale, d’autre part, ne sont pas sur la ligne de dialogue. La ville de Sarajevo peut-elle devenir « la Jérusalem de l’Europe » comme elle était nommée par le Pape François en 2015 au stade de Kosevo ? C’est une définition à laquelle notre association œcuménique pour la guérison de l’humanité, Maranatha, ainsi que la Fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse aspirent certainement. L’unité humaine à travers la préservation de la diversité est la seule option raisonnable.

Lorsque Maranatha a organisé un pèlerinage avec des réunions interreligieuses en 2016 à travers la Bosnie-Herzégovine, nous avons adopté le slogan suivant : « Puisque Sarajevo fut le point de départ de la première guerre mondiale, nous rêvons que Sarajevo devienne le point de départ de la paix mondiale ! » Aussi fou que cela puisse paraître, nous pouvons rêver à cette unité de paix puisque déjà dans notre diversité nous sommes tous frères en humanité.

Nous quittons Sarajevo avec le désir que la ville devienne  comme une nouvelle Jérusalem.

Kotor, 22 septembre 2018

Au centre de Kotor est située la cathédrale Sainte-Triphyon, construite en 1166 (date gravée sur la façade), l’une des plus anciennes en Europe. Au IXème siècle, un citoyen de Kotor a acheté les reliques sacrées de saint Tryphon à des marchands vénitiens et a financé la construction de l’église d’origine. A l’entrée de la cathédrale, il est impressionnant de savoir que déjà depuis 12 siècles se trouvent les reliques du saint qui fut décapité parce qu’il s’est déclaré chrétien devant les autorités romaine, une autre histoire de martyre en plus de celles que nous lisons :

Père Cyriacus Onunkwo

46 ans, enlevé et mort asphyxié le 1er septembre 2017 dans l’État d’Imo au sud du Nigeria alors qu’il se rendait dans son village natal pour participer aux obsèques de son père. Sa voiture a été arrêtée par des hommes armés qui espéraient recevoir une rançon de l’Eglise en échange de sa liberté.

Père Joaquin Hernandez Sifuentes

Enlevé le 3 janvier 2017, son corps a été retrouvé 10 jours plus tard dans un terrain vague non loin de Saltillo dans l’état de Coahuila au Mexique. Prêtre de la paroisse du Sacré-Cœur de Jésus, le Père Joaquin s’était toujours élevé contre les violences liées au trafic de drogue très présent dans cette province. L’évêque du diocèse de Saltillo a dénoncé ce meurtre par ces mots : « Nous vivons dans un environnement déglingué, dans une société fracassée et les prêtres ne vivent pas à l’abri ».

Père Felipe Carrillo Altamirano

53 ans, tué par balles le 26 mars 2017 à El Nayar à l’ouest du Mexique, alors qu’il venait de célébrer la messe dominicale. L’archevêque de Guadalajara, le cardinal Francisco Robles Ortega, s’est immédiatement indigné « qu’un prêtre catholique ait de nouveau été la cible de la criminalité ». Le Père Felipe avait été ordonné en 1989 et était responsable de la pastorale indigène de Serrana.

Père José Miguel Machorro

55 ans, poignardé par un homme alors qu’il venait de célébrer la messe dans la cathédrale de Mexico le 15 mai 2017. Le Père a été attaqué devant l’autel encore revêtu de ses ornements liturgiques. Il a succombé à ses blessures 3 mois plus tard.

Père Luis Lopez Villa

71 ans, retrouvé ligoté et poignardé dans son presbytère à Los Reyes, dans l’État de Mexico au Mexique, le 6 juillet 2017. La Conférence épiscopale du Mexique a condamné le crime et l’actuelle vague de violence qui continue de sévir contre les prêtres et les religieux dans ce pays. Le Père Luis est le 20ème prêtre tué au Mexique en cinq ans. Ce pays reste le pays le plus dangereux au monde pour les prêtres.

La cathédrale de Kotor est pleine et, indépendamment du fait que les Croates au Monténégro constituent une minorité nationale et non un peuple constitutif comme en Bosnie-Herzégovine ; les gens sont détendus, curieux et attendent avec intérêt le début de la procession. On n’a pas besoin de demander aux fidèles d’allumer des bougies devant les images de martyrs car ils s’approchent d’eux-mêmes. Mgr Ilija Janjic, évêque de Kotor, célèbre la messe.

Le Père Kirill parle de la position des catholiques dans la Russie orthodoxe. Les chrétiens ont vécu les pires moments pendant le régime communiste et le nombre de leurs victimes est  vertigineux. Aujourd’hui, c’est différent, mais un manque de connaissance de celui qui est       « autre » entraîne des situations étonnantes dans lesquelles les Russes orthodoxes entrant dans la magnifique cathédrale de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie située au centre de Moscou, se posent des questions sur la croix qu’ils voient. Un autre exemple de malentendu qui nous accable aussi.

Kotor est une belle ancienne ville hospitalière où règne un esprit de respect mutuel. Bien que l’identité religieuse et nationale ne puisse être remise en question, l’une est indispensable à l’autre en tant que faisant partie de la mémoire culturelle collective où l’environnement social est empoisonné. L’atmosphère à Kotor renforce encore plus notre conviction que la saisie de données statistiques sinistres dans une intention de manipulation politique  annule la possibilité de communication entre membres de communautés différentes.

Cette conclusion morose fait référence aux Croates qui sont une nation constitutive en Bosnie-Herzégovine mais qui sont paradoxalement réduits et contraints d’adopter la position défensive d’une minorité là où ils sont vulnérables. Il existe de nombreux exemples semblables au Moyen-Orient, d’où par exemple Sr. Houda Fadoul, responsable de la communauté du monastère Deir Mar Musa en Syrie, nous transmet un modèle de succès : une communauté œcuménique avec une relation de confiance établie avec leurs voisins musulmans. Les Sœurs dirigent l’école avec 120 enfants dont six seulement sont chrétiens.

Nous quittons Kotor avec un sentiment de gratitude en raison de l’accueil chaleureux et de l’expérience qui a dépassé nos attentes.

Dubrovnik, 23 septembre 2018

Même si elle est située au centre de Stradun, l’église des Frères Mineurs est construite de manière à ne pas être atteinte par le bruit du plein cœur de la ville. Dubrovnik est une destination touristique favorite et, en raison de son grand patrimoine culturel, elle ne peut pas facilement retrouver sa liberté. La ville ne peut pas l’acheter comme autrefois, mais au contraire, le type d’occupation actuel est payé par les personnes qui la visitent.

L’église est pleine et la veillée de prière a été soigneusement organisée à l’avance. La messe est célébrée par l’évêque de Dubrovnik, Mgr Mate Uzinic. Les jeunes de Dubrovnik portent des triptyques et allument des bougies devant les portraits de ceux dont les gens assemblés se sentent très proches d’une manière inattendue ce soir. Ces martyrs cessent soudain d’être des personnages anonymes dans les reportages de médias qui commencent généralement par les mots : « Aujourd’hui, un prêtre (non nommé) est tué dans tel ou tel endroit … » Ils repassent devant nos sens, ils ont leurs noms et leurs visages sur de grandes images, nous comprenons et prenons conscience de ce qu’ils ont souffert.

Frère Diego Bedoya

35 ans, tué à l’arme blanche dans son bureau le 10 avril 2017 à La Victoria, au nord du Venezuela. Le franciscain de la Croix blanche, de nationalité colombienne, vivait au Venezuela depuis plus de 15 ans. Il était responsable d’une maison d’accueil de personnes âgées et d’enfants handicapés. Il connaissait ses meurtriers, deux jeunes garçons qu’il aidait régulièrement.

Père Pedro Bezerra

49 ans, poignardé dans son presbytère de Borborema au Brésil dans la nuit du 23 au 24 août 2017. Le père qui allait fêter ses 24 ans de sacerdoce était en charge de la zone pastorale de Notre-Dame du Mont Carmel depuis deux ans où il rendait un fort témoignage de foi et d’engagement social.

Père Diomer Pérez

31 ans, tué le jour de son anniversaire dans la nuit du 27 juillet 2017 dans le village de Puerto Valdivia en Colombie. Ordonné en 2012, ce jeune prêtre était vicaire dans la paroisse de Raudal, quartier fréquenté par les combattants de la guérillera de l’Armée de Libération Nationale. Le père Pérez était au service de l’Évangélisation dans sa paroisse. Mgr Jorge Alberto Ossa Soto qui l’avait ordonné prêtre, lui rendra hommage en rendant grâce à Dieu pour le don de sa vie « sacrifiée dans l’exercice de sa mission. »

Père Abelardo Sánchez

41 ans, tué à bout portant le 3 octobre 2017 à Rionegro en Colombie. Prêtre depuis 10 ans, il œuvrait depuis quatre mois dans la Paroisse de Cisneros à Antioquia, dans le nord-ouest du pays. Mgr Guillermo Orozco Montoya, l’évêque du lieu, a invité « tous les croyants à s’unir à une prière pour la paix et la réconciliation entre tous » lors de la messe d’enterrement.

Les courtes biographies de ces martyrs sont lues à l’occasion des anniversaires de leur martyre. Mais leurs martyres sont égrainés à travers le temps et l’espace en formant un chapelet de prière cyclique pour les victimes et leurs assassins, rappelant ainsi la nécessité de notre engagement personnel. Ces personnes ont été choisies et ont mené à bien leur mission, en se chargeant de souffrance pour toute la communauté et en mêlant à la croix leur propre sang. Comme les bougies que nous déposons devant leur image, la lumière indestructible des martyrs nous montre le chemin. Il est alors nécessaire de rappeler non seulement le temps ou l’espace, mais aussi ce qui nous dépasse en Dieu, le Mystère de la Croix du Christ.

Cette année, en plus de Paris, la Nuit des Témoins s’est déroulée dans d’autres villes en France, au Luxembourg et en Italie. Inspirés par cette initiative, d’autres bureaux, en Espagne, aux Pays-Bas, aux Philippines et en Corée du Sud, organiseront des événements similaires plus tard cette année.

A cette phrase, écrite au début d’année, peuvent être ajoutés encore trois pays : la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Croatie, bien que l’Aide à l’Église en Détresse n’ait pas de bureau dans ces régions. C’est pour nous un succès personnel et nous allons essayer de rendre l’événement important et de l’organiser aussi l’année prochaine.

Medjugorje, 24 septembre 2018

La messe est célébrée par l’archevêque Mgr Henryk Hoser dans l’église Saint-Jacques bondée, sanctuaire mondial, avec prière dans toutes les langues, sommet de notre voyage symbolique. L’archevêque nous rejoint à la veillée de prière et la salle Saint Jean-Paul II,  remplie jusqu’à la dernière place l’accueille par des applaudissements chaleureux.

Nous commençons par ce que nous aurions pu faire dans toutes les villes où nous étions, avec un lien entre tous les martyrs, peu importe l’espace ou le temps auquel ils appartiennent. À savoir, des images de martyrs seront placées à côté des images préparées à l’avance des 66 franciscains d’Herzégovine assassinés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Quel est le lien entre Père Marko Dragicevic d’Izbicno, Sœur Cecilia Grgic de Presnac et Père Joaquín Hernández Sifuentes du Mexique qui ont vécu à trois époques différentes en trois lieux différents ? À première vue, si on observe avec des mesures temporelles et spatiales humaines limitées, aucun. Mais tous les trois moururent à 43 ans, ils eurent la même vocation. Marko fut enlevé à l’autel après qu’on lui ait déchiré son vêtement liturgique. Son corps fut jeté dans une fosse et ne fut jamais retrouvé. Le corps de Père Joaquin fut jeté dans le désert et retrouvé plus tard. Et les restes du corps de Sœur Cecilia ont été retrouvés dans la paroisse « en état de carbonisation ». Tous les trois ont été assassinés de mort violente en haine de la foi. L’idée maîtresse de Sr Cecilia était la suivante : « En ne nous appuyant que sur l’aide de notre Dieu … »

À Medjugorje se trouve un grand nombre de pèlerins étrangers qui écoutent les témoignages de nos témoins. Avec d’autres, un jeune homme d’Israël se joint à nous et allume à plusieurs reprises les bougies devant les images de martyrs en encourageant les autres à faire de même. Ce sont des moments touchants dont la force ne peut être traduite en mots. Nous regardons et écoutons encore une fois :

Père Adolphe Ntahondereye

décédé le 11 mai 2017 des suites des mauvais traitements infligés lors de son enlèvement et de sa captivité au Burundi. Vicaire de la paroisse Saint François-Xavier de Gatumba, à l’ouest de Bujumburacapitale du pays. Le Père avait été enlevé lors d’une embuscade le 9 avril par un groupe d’hommes armés et gardé 17 jours en captivité.

Père Joseph Simoly

54 ans, agressé le 21 décembre 2017 à Pétion-Ville, en Haïti par trois individus armés sur une motocyclette. Spécialiste de la doctrine mariale, le Père était “vicaire dominical” à la paroisse du Sacré-Cœur de Turgeau. Il était très populaire dans le milieu catholique de Port-au-Prince. Ces dernières années, trois missionnaires ont été tués en Haïti dans des circonstances similaires.

Attentat à Quetta, au Pakistan

le 17 décembre 2017 pendant l’office dominical où plus de 400 personnes étaient rassemblées dans l’église méthodiste. Revendiquée par le groupe État islamique, l’attaque a fait au moins huit morts et trente blessés.

Les chrétiens représentent environ 1,6% des 200 millions de Pakistanais et sont quotidiennement victimes de discriminations, vivant dans la peur d’accusations de blasphème, souvent utilisées à tort contre les minorités pour régler des conflits personnels.

Père Marcelito Paez

72 ans, victime d’une embuscade aux Philippines, le 4 décembre 2017 est décédé quelques heures plus tard des suites de ses blessures. Prêtre du diocèse de San José dans l’île de Luçon depuis plus de 30 ans, le Père Marcelito était retraité mais continuait son œuvre pastorale et apostolique. Il était le coordinateur des Missionnaires Ruraux des Philippines qui assurent une présence chrétienne active dans les milieux ruraux.

Père Lucien Njiva

46 ans, tué par balles dans l’attaque de son couvent d’Ambendrana, dans la nuit du 22 au 23 avril 2017, à Antsohihy à Madagascar. Le capucin s’était interposé entre des voleurs et un jeune diacre défendant le couvent. De nombreuses attaques contre des monastères ou églises catholiques se sont déroulées récemment dans le pays. Selon la presse locale, quatre assauts accompagnés de saccages contre des couvents ont été enregistrés en cinq semaines.

Ce soir, nous rappelons aussi les franciscains d’Herzégovine, les 66 qui ont été exécutés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Nous mentionnerons les victimes de la guerre des années 1990 dont le souvenir est encore frais dans notre mémoire, sept prêtres, une religieuse du diocèse de Banja Luka et deux prêtres du monastère de Fojnica. Les liens avec les martyrs d’aujourd’hui se réfèrent à l’âge auquel ils ont été assassinés et au devoir qu’ils ont accompli avec courage dans des temps difficiles. Les martyrs d’aujourd’hui et d’alors étaient, par leur âge, des proches. Leurs traits de visage comparables, les soutanes qu’ils portaient inchangées. Les circonstances sont toujours similaires, le déchaînement du Mal devant l’Amour de ceux qui refusent d’abandonner le Christ. Le Mal est un lâche et il est pressé d’agir rapidement, comme une foule bruyante cherchant la mort de Jésus. Il a l’intention de détruire ici et maintenant, toujours d’une manière ciblée, ceux qu’il a perçus comme la plus grande menace. Cet « ici et maintenant » est à Gorazde en 1941, en Herzégovine en 1945, à Banja Luka en 1992 et en 1995, à Fojnica en 1993 et au Mexique, au Zimbabwe, au Kenya et en Égypte en 2017.

Par conséquent, nous ne devons pas seulement leur rendre hommage à l’anniversaire de leurs souffrances, mais saisir chaque occasion pour mieux les connaître et ressentir le tourment qu’ils ont subi pour nous en union avec le Christ en croix.

Marc Fromager donne un aperçu géographique des points les plus critiques de notre planète. Il ne s’arrête pas seulement au Moyen-Orient dont il est expert, mais nous mène plus loin, en Chine, en Amérique du Sud… Il ne vit pas dans des circonstances difficiles ni dans des zones déchirées par la guerre, mais il témoigne d’eux en tant que représentant de l’Aide à l’Église en Détresse, se posant cette question difficile : « Qu’aurais-je fait à la place de ces gens qui ont eu le choix entre la conversion à l’islam et la mort ? » Notre événement est aussi une sorte de promotion de son ouvrage « Guerres, pétrole et radicalisme, les chrétiens pris en étau » pour lequel il a reçu le prix « La Plume et l’Epée », traduit en croate. Nous remercions M. Marc Fromager pour son temps, son dévouement, son engagement et son encouragement à nous confier la première organisation de cet événement déjà traditionnel en d’autres pays et qui attire chaque année de plus en plus de personnes au sein de la Fondation Aide à l’Église en Détresse, considérée comme une des Fondations favorites des papes.

Le film « La Nuit des Témoins du 21 au 24 septembre 2018 »

Pour plus d’information : https://www.aed-france.org/.

Davorka Jurčević-Čerkez