Paris, France, Mardi 14 Mai 2019

Sabrina : Père Michel Guimbaud, nous sommes ici à Paris dans la maison-mère des Capucins de la province de France et vous êtes revenu il y a une semaine, passer quelques examens médicaux avant de repartir pour le Tchad. Racontez-nous. Qui est le père Michel Guimbaud? Comment et pourquoi êtes-vous devenu religieux capucin? Racontez-nous votre aventure avec l’Afrique.

Père Michel : Je suis originaire de la région d’Anger, mais par la suite, ma famille est partie à La Rochelle, puis à Ligugé, à côté du monastère des Bénédictins. C’est amusant, car j’ai passé sept ans de mon adolescence, jusqu’à l’âge de 17 ans, à fréquenter le monastère des Bénédictins de Ligugé et quand j’ai été appelé à la vie consacrée, je n’ai pensé à aucun moment à être Bénédictin. Pourtant, j’étais toujours fourré chez eux pour les offices que j’aimais beaucoup. J’ai découvert les Capucins en Vendée. J’en connaissais plusieurs, qui étaient d’ailleurs en mission au Tchad et en Centre-Afrique.

Je ne me suis jamais fait religieux pour être missionnaire, mais pour me consacrer au Seigneur.

Une fois que j’ai fait mes vœux en 1953, le Provincial m’a dit «Mais qu’est-ce que vous attendez pour partir en mission?!» Je lui dis: «Si vous pensez que j’en suis capable, pourquoi pas?». Il était quand même nécessaire de faire mes vœux définitifs, qu’on appelait à l’époque les «vœux solennels». J’ai dû attendre, car j’ai fait le service militaire au Maroc – déjà l’Afrique et j’ai donc été, le 25 Août 1957, à Moundou au Tchad, découvrant un univers tout à fait ignoré de moi… Et j’y suis depuis cette époque. Cela va faire 62 ans. J’espère y mourir, si Dieu me le permet, mais c’est lui qui en décidera. Pour l’instant, je suis en France. Je n’avais pas prévu d’y revenir mais il m’a rappelé pour quelque temps. Que dire de plus ? J’ai été missionnaire pendant 40 ans.

Maintenant, je suis membre de la communauté des Capucins Tchad-Centrafrique, cela s’appelle la Custodie. Je suis membre d’une communauté Africaine.

Sabrina : Qu’est-ce que cela a représenté pour vous d’être missionnaire? Que signifiait «être missionnaire au Tchad» il y a 60 ans?

Père Michel : On était tous des Capucins, originaires de la province de Toulouse. Les Capucins ont été chassés d’Éthiopie en 1936. Ils ont remplacé les Spiritains qui ont démarré l’Église au Tchad en 1929, pas avant. En 1938, les Capucins sont revenus à Berberati, en Centre-Afrique et à Doba au Tchad. Doba est à 100 km de Moundou et on a développé progressivement l’Église à travers ces réalités.

Le peuple Ngambai et Sara à Moundou est un peuple qui est venu très facilement à la foi, très précisément à la foi chrétienne.