Petit journal de la Nuit des Témoins

Depuis qu’elle s’est déroulée en 2008 pour la première fois, cette veillée particulière est organisée dans 29 villes différentes avec 31 témoins qui ont témoigné personnellement de leur expérience de la persécution dans leur pays devant plus de 25 000 auditeurs.

La Nuit des Témoins a été conçue au sein de la branche française de la Fondation Aide à l’Église en Détresse, dont le directeur Marc Fromager nous a aidés à l’organiser dans « nos » régions, comme nous avons l’habitude de le formuler. « Nos » régions sont situées, cette fois, en Bosnie-Herzégovine, au Monténégro et en Croatie. Pour cette première fois, quatre sites représentaient un défi : Sarajevo, Kotor, Dubrovnik et Medjugorje. Avec une musique douce et une procession aux bougies allumées devant les portraits de victimes assassinées de mort violente en haine de la foi pendant l’année précédente, dans cette veillée de prière nous écoutons leurs brèves biographies et les témoignages de la cruelle réalité, mis en lumière par des personnes qui ont été persécutées ou qui sont des témoins de l’effondrement des droits religieux et humains dans les pays d’où ils viennent. De tels rapports ne peuvent être lus dans les médias ni rendus publics. Après avoir assisté à cet événement, rares sont ceux qui n’ont pas été profondément touchés.

Sarajevo, le 21 septembre 2018

Il existe un schéma de martyre qui se répète au cours de l’histoire, ce témoignage de l’amour pour Dieu jusqu’au dernier souffle, à savoir sous la menace de la mort, souvent incompréhensible à nos yeux. Le mot martyr vient du mot grec « martys », dans le sens originel de « témoin ». C’est pourquoi notre événement s’appelle « La Nuit des Témoins ».

Le martyr, de tous les temps et de tous les lieux, nous témoigne du don de sa vie pour Jésus. Nous ne pouvons qu’accueillir avec vénération et humilité cette expression suprême de l’amour à la suite de Jésus. De même que la Passion de Jésus est représentée à maintes reprises lors de célébrations liturgiques, la douleur de ces personnes est une réplique de ce qui Lui était arrivé. Un rappel éternel de l’abandon total et de l’union à Dieu. Relisons pour exemple les biographies des martyres bénies de la Drina.

Au centre de Sarajevo se trouve la cathédrale du Saint-Cœur de Jésus, monument culturel national de Bosnie-Herzégovine. L’édifice de « pierre nue » construit en style néogothique reste un symbole de la survie de la catholicité dans cette ville, car après la dernière guerre le nombre des Croates (dont la plupart sont catholiques) à Sarajevo a été réduit de moitié, étant diminué au chiffre symbolique qui varie dans les pièces officielles. Mais, l’élaboration des statistiques est toujours un signe alarmant de l’état dans lequel se trouve une communauté particulière. Il ne faudrait pas s’appuyer sur des chiffres mais sur l’enracinement centenaire des gens dans cette région. Leur annulation, leur réinstallation, leur transformation, leur enlèvement est une méthode dangereuse. La diversité devrait être un atout précieux à surveiller et non un motif de mépris.

Après tout, tous les gens sont convoqués à notre veillée de prière, quelle que soit leur appartenance religieuse, y compris les athées. En Syrie se trouve le monastère œcuménique de Sœur Houda Fadoul, l’une de nos témoins. Avec plusieurs autres monastères, il a été fondé par un père jésuite, Père Paolo Dall’Oglio, dont nous pouvons lire au tout début de la liste des personnes enlevées et dont le destin est encore inconnu. Les prêtres et religieuses, otages dans le monde :

Père Paolo Dall’Oglio, enlevé en Syrie en 2013.

Père Gabriel Oyaka, enlevé au Nigeria en 2015.

Père Jean-Pierre Ndulani, Père Anselme Wasikundi, Père Edmond Bamututé, kidnappés en 2012 et les Père Pierre Akilimali et Charles Kipasa en juillet 2017, en République démocratique du Congo.

Sœur Gloria Cécilia Narvaez Argoty enlevée au Mali en février 2017.

La description de printemps du monastère de Deir Mar Moussa Al-Habashi situé dans le désert syrien peut être totalement irréelle, et si nous y croyons, futuriste pour le pays dans lequel nous vivons :

« Avec l’arrivée du printemps, la vallée de notre monastère s’est revêtue d’une charmante robe rouge faite de fleurs de pavot, et pour la première fois après les longues années de guerre, nous avons eu la joie immense de voir l’entrée de la route du monastère pleine de mouvement, en raison de la présence de nombreuses familles Nebek venues nous visiter. Tous les vendredis, nous recevions des centaines de visiteurs. Quelle joie de voir des familles chrétiennes et musulmanes monter ensemble pour recevoir la bénédiction de ce lieu sacré ! Quel réconfort de recevoir la visite de jeunes musulmans de Nebek venus montrer « leur » monastère à leurs amis chrétiens et collègues d’autres régions ! Quelle émotion quand des musulmanes s’approchaient des sœurs pour leur confier des intentions de prière ! Cette expression de confiance dans le rôle d’intercession des moines et des moniales et la reconnaissance de leur relation spéciale avec Dieu nous ont beaucoup touchés. Ceci peut sembler idéaliste, mais la sincérité, la simplicité et l’authenticité de ces personnes sont pour nous source d’espoir pour un avenir meilleur… »

Nous accueillons tous nos invités à l’aéroport de Sarajevo – témoins venant des pays où ils appartiennent à une minorité, ainsi que les catholiques à Sarajevo ou dans certaines parties de la Bosnie-Herzégovine – Sœur Houda Fadoul de Syrie et Père Kirill Gorbunov de Russie. Comme il s’agit de la première Nuit des Témoins dans cette région, Marc Fromager, directeur de la branche française de la Fondation Aide l’Église en Détresse, se présente aussi en tant que témoin.

Après la messe célébrée par le cardinal Vinko Puljic, nous participons à la veillée de prière pour tous les chrétiens persécutés. Le dernier martyrologe est publié en 2017, une liste de martyrs étant publiée chaque année. Il s’agit des prêtres et des laïcs qui ont été tués parce qu’ils refusaient d’abandonner le Christ à l’heure de leur mort. Nous prions aussi pour les otages enlevés dont le destin n’a pas encore été confirmé. On partage aux participants les petites images de martyrs sur le dos desquelles se trouve une belle Prière pour les martyrs avec laquelle la veillée se termine. De la porte d’entrée à l’autel, les prêtres et les fidèles portent des triptyques, trois images de martyrs dont les biographies esquissées illustrent les circonstances de leur supplice :

Père Samaan Shehata

51 ans, poignardé à mort par un terroriste islamiste, le 12 octobre 2017 au Caire, en Égypte. L’archiprêtre copte orthodoxe de l’église Saint-Jules d’Aqfahs, en Haute-Égypte, était en visite dans la capitale en compagnie d’un autre prêtre copte, le Père Bayman Moftah qui a également été blessé. Leur agresseur a avoué s’en être pris à eux, dès qu’il les a vus en vêtements religieux coptes.

29 fidèles coptes tués à Minya, en Egypte

lors de l’attaque de leur bus le 26 mai 2017 alors qu’ils se rendaient en pèlerinage vers le monastère de Saint-Samuel. Des soldats du groupe État islamique les ont contraints à descendre du bus, leur ont demandé de renoncer à leur foi chrétienne et de professer la foi en l’islam. Un à un, ils ont tous refusé. Parmi eux il y avait des enfants qui courageusement ont refusé de renier le Christ.

44 personnes tuées dans 2 attaques, en Egypte

le 9 avril 2017, dimanche des Rameaux, dans la ville de Tanta, au nord du Caire puis dans à Alexandrie, dans l’église Saint-Marc où le pape copte Tawadros II assistait à la messe.
Le groupe État islamique a revendiqué ces explosions, en affirmant sa détermination à continuer les attentats contre « tout infidèle ou apostat en Égypte et partout ». Le Pape François qui se rendait en Égypte quelques semaines plus tard, a alors exprimé ses profondes condoléances, « à l’Église copte et à toute la chère nation égyptienne. »

Soeur Ruvadiki Kamundiya

49 ans, violée et assassinée le 22 octobre 2017 à Mutoko, dans l’est du Zimbabwe, alors qu’elle se recueillait au sanctuaire de la Croix-Glorieuse. La religieuse était enseignante à la Hartmann House de Harare. Elle s’était rendue à Mutoko pour préparer un voyage scolaire prévu quelques jours plus tard.

Père Evans Juma Oduor

35 ans, retrouvé inconscient le 22 octobre 2017 à Muhoroni, à l’ouest du Kenya, avec une blessure à la tête. Transporté à l’hôpital, le Père Evans est mort quelques heures après, sans avoir repris connaissance. La carcasse incendiée de sa voiture a été retrouvée 5 km plus loin. Ce curé de la paroisse de Sigomore, dans l’Archidiocèse de Kisumu, avait pris publiquement la défense des Luos, ethnie persécutée par le pouvoir.